Devenir Maman, épisode 1 : Mes aprioris sur la maternité
Cette année, j’ai vécu l’un des moments les plus décisifs de ma vie: devenir Maman. Je pourrais raconter tellement d’anecdotes sur ce qui m’arrive ! Aujourd’hui, je vous parle du chemin que j’ai parcouru pour en arriver là, qui a été tout sauf un long fleuve tranquille...

Toute ma vie au Cameroun, on m’a inculqué des valeurs qui m’orientaient vers une maternité probante, mais je n’ai jamais été sensible à cela. Pour moi, donner la vie n’est pas « la mission » d’une femme sur terre, et faire le choix de s’abstenir de le faire n’est pas un échec ou une preuve que « la sorcellerie » existe.
« Donner la vie »c’est sacrifier la sienne
La raison première pour laquelle j’avais peur de devenir maman est le risque élevé de mortalité. Toutes les femmes autour de moi en parlaient comme si des milliers de femmes chaque année ne perdaient pas la vie en la donnant ! Et pourtant, d’après l’OMS, près de 95 % des décès maternels sont survenus dans les pays à revenu faible ou intermédiaire en 2020, soit plus de 250 000 décès. Malgré une baisse continue, on comptait encore en 2023 300 décès pour 100 000 naissances, principalement concentrés en Afrique subsaharienne.
La deuxième raison de ma crainte de devenir mère était ce rappel constant que la valeur d’une femme « diminuait » après avoir donné la vie. Une affirmation très paradoxale lorsqu’on sait à quel point chez nous au Cameroun, les femmes reçoivent une pression constante de la société au sujet de la maternité. Certains vont même jusqu’à dire qu’une femme sans enfant n’est pas une « vraie » femme. On pourrait se demander comment une femme est diminuée en donnant la vie, alors que c’est censé être le grand rôle de sa vie ? Il ne faut pas beaucoup d’efforts pour se rendre compte de ce que les femmes sont obligées d’endurer pour ne pas devenir des mères célibataires. Dans une majeure partie des cas, cette situation implique d’être marginalisée et de vivre dans la précarité.
Les changements physiques liés à la maternité
Penser que mon corps pourrait drastiquement changer, de façon probablement irréversible, était pour moi un réel cauchemar. Cela peut paraître assez superficiel, mais j’avais fini par accepter mon corps au terme d’un travail long et laborieux. Ma minceur avait fait l’objet de moqueries une grande partie de mon enfance et durant toute mon adolescence. J’avais même été affublée de surnoms plus ridicules les uns que les autres.

Je craignais de souffrir comme certaines femmes, après la prise de poids nécessaire et normale qu’impose la maternité, de dysmorphophobie et de perdre définitivement toute confiance en moi. Et à cet effet, j’avoue que les trends sur les réseaux sociaux de femmes avant et pendant la grossesse n’avaient rien de rassurant.
Le défi de la parentalité
Je suis de celles et ceux qui pensent qu’être des géniteurs n’induit pas le « talent » d’être un parent. Être parent, pour ma part, est un devoir, une mission. Être parent, c’est répondre aux besoins émotionnels, physiques, matériels, financiers d’un autre être humain, parfois au détriment de soi-même. Un être humain qui n’a pas demandé à être présent. De plus, dans un monde toujours plus ouvert qui influence la personnalité des enfants, serai-je capable de transmettre les bonnes clés pour faire face à n’importe quelle épreuve?
Est-ce que le fait que je sois devenue maman signifie que j’ai surmonté toutes mes craintes et ai confiance en mes capacités? Malheureusement non. Mais en donnant la vie, j’ai fait le serment de dépasser mes peurs, de me dépasser moi-même.
Le 02 juin 2024, j’ai donné la vie pour la première fois et depuis, chaque jour aux côtés de mon enfant est une raison de plus de se surpasser.
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