« Moi aussi, je préfère l’ours ! »
Cette trend* presque risible pour certain(e)s, a éveillé à moi un sentiment profond d’inquiétude. À la question « Préférez vous rencontrer un ours dans une forêt plutôt qu’un homme ? » la majorité des femmes ont répondu « Moi aussi, je préfère l’ours » sur les réseaux sociaux.
Cette réponse a causé un ras de marée, de témoignages de femmes qui s’inscriraient à bien des égards dans la dynamique des mouvements tels que #MeToo aux États-Unis ou encore #BalanceTonPorc en France. Des témoignages qui démontrent à suffisance, comme si ce n’était pas encore le cas, que la peur des hommes est ancrée en nous.
Pourquoi les femmes craignent elles moins les ours ?
C’est assez intéressant d’analyser les réponses des femmes à ce propos, sachant que des attaques d’ours sur les femmes ne sont pas si rares. Pas plus tard qu’en mars de cette année, une femme en Slovaquie perdait la vie dû à une attaque d’ours. Les ours sont donc très loin d’être de grande peluches inoffensives. Au contraire, ce sont des animaux sauvages et féroces, qui ne feraient absolument aucune distinction de genre avant une attaque.
Et pourtant la férocité de cette hypothétique attaque semble faire moins peur. D’après de nombreuses internautes, une attaque d’ours pourrait être mortelle certes, mais elle est surtout expéditive. Aussi un ours n’a que deux raisons d’attaquer les humains : pour se nourrir ou pour défendre ses petits. Rien avoir avec une quelconque forme de sadisme !
Les hommes sont-ils plus dangereux que des ours ?
La perspective d’une mort quasi certaine est-elle réellement plus à prendre à la légère qu’une rencontre avec un homme ? Je ne suis pas certaine même en tant que femme de pouvoir en avoir totalement la mesure pour faire un choix raisonnable. Mais ce dont j’ai la certitude est que :
- Chaque jour, 137 femmes sont tuées par un partenaire ou un membre de leur famille.
- Entre 2010 et 2011, 2,2 millions de femmes dans le monde ont été victimes de violences perpétrées par des hommes.
- « Dans le monde, on estime que 736 millions de femmes – soit près d’une sur trois – ont subi au moins une fois des violences sexuelles et/ou physiques de la part d’un partenaire intime, des violences sexuelles en dehors du couple, ou les deux (30 pour cent des femmes âgées de 15 ans et plus) », selon l’ONU.
- Encore selon la même organisation, en 2022, environ 48 800 femmes et filles dans le monde ont été tuées par leur partenaire intime ou d’autres membres de leur famille.
Et ceci n’est qu’une infime illustration de la bestialité dont peuvent faire preuve les hommes à l’égard des femmes. La crainte de mourir est bien inférieure à celle de vivre mutilée, meurtrie, torturée, violée, agressée etc. par des personnes qui n’ont aucune autre motivation que leurs pulsions, leur plaisir, comme si la violence faisait partie intégrante de leur ADN.
Que retenir de cette trend ?
De nombreux hommes sont passés totalement à côté du sujet. Pour eux, une nouvelle fois, les « féministes » ont décidé de s’attaquer à eux, les mettant « tous » dans le même panier alors que ce n’est pas une question de « ALL MEN ».
La peur des femmes trouve tellement de causes qu’il est nombriliste de chercher à apporter des nuances en scandant « Not all men ». S’il est certain que tous les hommes ne sont pas de dangereux psychopathes, même les hommes eux-mêmes changent de trottoir lorsqu’ils voient un attroupement d’hommes. Au fond d’eux, ils savent que la crainte est réelle et justifiée.
Alors au lieu d’essayer d’expliquer ce qui pourrait ou non expliquer l’inexplicable, si on s’accordait tous sur un fait ? Les choses doivent changer et la première étape reste d’admettre la réalité : les hommes font peur.
*Trend : sujet tendance sur les réseaux sociaux.